BILAN

Au total, 3150 blaireaux ont été tués au cours de cette campagne (2). l’ONCFS, dans sa note de synthèse (2), estimait à 18,5 % la proportion de jeunes de l’année, soit 81,5% d’adultes, c’est à dire d’individus d’un an ou plus. Cela représente donc 2567 adultes, soit une densité moyenne de 0,29 adulte tué/km² sur le département de la Côte d’Or. Aucune étude poussée sur les populations de blaireaux n’a été réalisée en Côte d’Or. Par conséquent, il n’est pas possible de connaître la proportion exacte de la population détruite par cette campagne. Cependant, il existe des chiffres pour les régions ou pays proches : 0,84 ad/km² en Alsace (3), 0,53 ad/km² en Lorraine (4), 0,36 ad/km² en Suisse (5), 0,44 au Luxembourg (6). Il parait donc très probable que la densité de blaireaux en Côte d’Or ne soit pas plus importante et soit semblable aux régions proches, soit entre 0,53 et 0,84 ad/km².

Les prélèvements représenteraient donc 1/3 à 1/2 de la population de blaireaux de Côte d’Or !

Sur certains secteurs de Côte d’Or, on peut raisonnablement penser que la part de blaireaux détruits est beaucoup plus importante puisque certains piégeurs ont capturé jusqu’à 80 blaireaux ! Y a-t-il même encore des blaireaux sur ces zones ?

Fin septembre, 553 blaireaux avaient été autopsiés. 19 blaireaux étaient contaminés (3,4%), uniquement dans des zones réputées contaminées de tuberculose bovine et au sein de groupes de blaireaux vivant à proximité d’exploitations bovines ayant été déclarées infectées, pour la plupart récemment (1).

Et la Tuberculose Bovine ?

La Tuberculose bovine est provoquée par une bactérie Mycobacterium bovis. Cette maladie est transmissible à d’autres espèces (homme ou faune sauvage) par voie respiratoire, par ingestion de viande ou d’abats contaminés, ou de lait.

La France est, depuis 2000, "officiellement indemne de tuberculose bovine", c’est-à-dire que au moins 99,8% des cheptels et 99,9% des bovins sont sains de TB, pendant 3 ans consécutifs et que des mesures de surveillance sont mises en place. L’augmentation du nombre de bovins et élevages contaminés ferait perdre cette qualité à la France, ce qui ne serait pas sans conséquences sur l’économie de la filière bovine.

En Côte-d’Or, plus de 12 000 bovins ont été abattus entre 2002 et 2009. L’origine de l’épizootie est interne à la filière bovine (7). Ce sont les troupeaux domestiques qui sont la source de contamination de la faune sauvage, et non l’inverse (1). Le contrôle des foyers de TB dépend donc essentiellement de la mise en place d’une prophylaxie spécifique chez les bovins et de l’absence de réservoir sauvage (8). Les mesures prises doivent être adaptées à la situation.

Ce massacre était-il justifié ?

Le problème de la Tuberculose bovine est à prendre au sérieux, mais les mesures prises en Côte d’Or l’ont été de manière complètement démesurée et, peut-on penser, sans réflexion poussée. Lorsqu’il s’agit de parler de tuberculose bovine chez les espèces sauvages, le blaireau est souvent la première qui est citée. Pourtant, d’autres espèces sont également concernées comme le sanglier et le cerf. En forêt de Brotonne (76), où existe un foyer de tuberculose depuis 2001, ce sont les cerfs et les sangliers qui se sont révélés être les réservoirs (avec une probable contamination initiale par les élevages bovins) (7). La destruction massive des blaireaux est également souvent avancée comme LA solution pour résoudre les problèmes de cette maladie chez les bovins domestiques. Il n’en est pourtant rien. Les suivis réalisés au Royaume-Uni où la tuberculose bovine sévit bien davantage qu’en France, ont démontré que non seulement cette méthode est sans résultat bénéfique à long terme, mais qu’elle tendrait au contraire à augmenter l’incidence de la tuberculose sur le cheptel bovin (9).

Cette campagne de prélèvement en Côte d’Or n’a été réalisée sans aucun ciblage des zones infectées et sans encadrement approprié, offrant à ceux qui vouent une haine viscérale aux blaireaux (et plus généralement à tous les mustélidés) le loisir de les détruire à outrance.

V) Et maintenant ?

Les blaireaux de Côte d’Or ne sont pas encore tranquilles. En effet, suite (2) à l’avis de 5 "experts spécialistes de l’épizootie" (2 de l’ENV Alfort, 2 de l ‘AFSSA et 1 de l’ONCFS), le préfet va demander le piégeage de 600 blaireaux en 2011, principalement sur des zones qui n’ont pas été piégées en 2010 et à proximité des élevages qui ont été infectés. Un travail de thèse devrait également débuter pour améliorer les connaissances sur la situation épidémiologique dans ce département. Fin 2011, quel bilan ? 270 + 3150 + 600 = 4020. Au moins 4020 blaireaux auront alors été tués en Côte d’Or en 3 ans, au prétexte de lutte contre la tuberculose bovine ! On est bien loin, dans le mauvais sens, de la capture en zone indemne des 200 à 300 blaireaux, préconisée pour avoir une bonne évaluation de la situation épidémiologique dans le département (1).

A suivre... et restons vigilants !


Yann Lebecel, GEML / nov. 2010




(1) HARS J., RUETTE S., MASTAIN O., 2010, Note de synthèse sur la tuberculose bovine en Côte d’Or et sur les mesures de maîtrise du risque lié à la faune sauvage, en particulier le blaireau. ONCFS
(2) Compte rendu de "Bourgogne Nature" suite à l’exposé de deux vétérinaires de la DDPP21 à la demande du CSRPN qui s’est déroulée le 28 septembre 2010 à Dijon.
(3) BRAUN C., 2007.- Estimation de la densité du Blaireau d’Europe (Meles meles) dans le piémont bas-rhinois. Ciconia, 31 : 7-18.
(4) LEBECEL Y. & GEML, 2010.- Le blaireau d’Eurasie Meles meles en Lorraine. Taille des groupes, succès reproductif et estimation de densités. Ciconia, 34 : 24-38.
(5) DO LINH SAN E., 2004.- Biologie et écologie du Blaireau européen (Meles meles) dans une population de faible densité (Broye, Suisse). Thèse de doctorat, Université de Neuchâtel, Suisse.
(6) SCHLEY L., 2004.- Distribution and population density of badger Meles meles in Luxembourg. Mammal Rev., 34 : 233-240.
(7) Hars J., Richomme C., Boschiroli ML., 2010.- La tuberculose bovine dans la faune sauvage en France. Bulletin épidémiologique No 38/Spécial zoonoses
(8) MOUTOU F., 2010. Tuberculose bovine et mammifères sauvages. SFEPM Mammifères sauvages n° 60 : 14.
(9) DONNELLY C.A. et al., 2003. Impact of localized badger culling on tuberculosis incidence in British cattle. Nature 426 : 834-837.
(9) Pope LC & Al., 2007.- Genetic evidence that culling increases badger movement: implications for the spread of bovine tuberculosis. Mol Ecol. : 16(23):4919-29.






Le blaireau - Destruction du blaireau en Côte d’Or - Stop à ce massacre : Lettre au Préfet ! - Bilan - Les associations - Contact